En ces moments dramatiques, la classe politique française dans son ensemble avait l’opportunité de redonner aux mandats politiques toutes ses lettres de noblesse en faisant front, en expliquant une situation compliquée et en préconisant les mesures adéquates. Malheureusement, cet espoir n’a pas résisté à la tentation des récupérations, de jeux électoraux court termistes et du refus d’un échec collectif qui a trouvé son point culminant un vendredi soir dans un Paris meurtri.

Car ne nous y trompons pas, les dernières arrestations masquent un constat d’échec patent. Un échec en matière de politique intérieure, mais également  sur le plan international. Ce désastre n’est pas simplement imputable à l’actuel gouvernement mais à une continuité dans l’inaction qui dure maintenant depuis près de trente ans.

Le premier échec est celui de l’intégration d’une population issue d’anciennes colonies. Force est de constater que le modèle français est un cuisant désaveu. Les banlieues où l’on a parqué des communautés entières sont devenus des viviers pour les extrémistes de tous bord. Des populations perdues entre deux cultures, abandonnées à eux-mêmes et qui ont le choix entre la délinquance et les extrémistes religieux. Dix ans après l’explosion des banlieues, qu’a-t-il été fait? Outre un aspect économique, expliquant cette situation où une approche marxiste, le livre de Andrew Hussey, “The French Intifada” donne une autre explication plus psychologique de ce mal français qui loin d’être antinomique est complémentaire. La relation entre l’ex-colonisateur devenue l’état et l’ex-colonisé devenue le citoyen, n’a pas été clarifiée, assainie par la reconnaissance d’un passé qu’on ne peut effacer, mais avec lequel il faut apprendre à vivre.

Le second constat d’échec est la politique de défense intérieure et extérieure française. Depuis plus de vingt ans, les budgets de la défense, de la police et de la justice, pourtant tâches régaliennes de l’état s’il n’en faut, sont devenus les variables d’ajustement de tous  les budgets. Le résultat est navrant. La police est équipée avec du materiel qui a deux siècles de retard, il est conseillé aux militaires qui partent en opérations d’acheter leur propre materiel (sac de couchage, chaussures…), la France qui est sois-disant en guerre avait, en plus d’un mois avant les attentas de Paris, effectuée quatre raids aériens sur la Syrie. Annonçant une activité intensifiée, le gouvernement envoyait péniblement vingt bombes et dix avions au lendemain des attentats. Selon les experts militaires, Daech a aujourd’hui plus de matériels lourds que l’armée française. La police française ne fait plus peur. Les retards et problèmes récurrents du porte-avions Charles De Gaulle font régulièrement la une des plaisanteries dans les états-majors américains et anglais.

Le troisième échec est diplomatique et il ne date pas d’aujourd’hui. Le vingtième siècle s’est terminé avec la chute du mur de Berlin. Des implications que la diplomatie de l’époque n’ont pas su intégrer. Certes, il est vrai que le Président était déjà malade et que Francois Mitterrand n’avait plus la visu du “Prince” qu’il aimait temps. Jacque Chirac, un autre homme du passé, a géré la diplomatie française comme le siècle qu’il connaissait bien: le vingtième. Malheureusement, on était deja passé au suivant: globalisation des économies, développement de deux géants: l’Inde et la Chine, émergence de nouvelles menaces et ces implications géopolitiques, la France est passée à côte de tout. Pire dans un discours de Dominique de Villepin aux nations-unis resté célèbre, la France avec éclat mais stupidité disait non à l’Amérique de Georges Bush. Le non n’était pas discutable, mais la manière coûte encore à la France. Tous les pré-carrés français, notamment africain, ont été chahutés. Economiquement la Chine est en train de s’imposer dans le Magreb, notamment dans un pays stratégique pour la France: l’Algérie. Ce siècle sera également celui de l’accès aux matières premieres, la situation actuelle, ne doit pas faire oublier cette réalité. La France en vingt ans a perdu beaucoup de terrain en Afrique, un continent riche en ce domaine.

L’intermède socialiste et le gouvernement Jospin ne firent pas mieux. Endormi par un Premier Ministre anglais brillant et pro-Européen, Tony Blair, mais pro-Européen au sens anglais du terme, l’élargissement de l’Europe voté avec grand fracas, signa la fin du fédéralisme et le debut de l’inaction Européenne.

La France n’a pas vu venir et n’a toujours pas compris ce que l’on a appelé le “Printemps Arabe”. Un président Sarkosy vexé par un Khadafi en visite à Paris a fait tomber un dictateur dans un coup de poker retentissant, mettant aux pieds du mur les autres nations et poussant la Libye vers une anarchie dont aujourd’hui, jouissent nombre de groupes terroristes.

Pensant que la Syrie suivrait rapidement le sort de la Tunisie, de la Libye et de l’Egypte, la France s’est mis dans une situation compliquée et intenable refusant  toute solution intégrant Bachar El Assad, le président sortant. Laissant la main à la Russie, se coupant d’un pays qui bientôt réintégrera le monde des nations et qui pèsera lourd: l’Iran. La France s’est rapprochée du géant Sunnite: l’Arabie Saoudite. La France a vendu 8 milliards de contrat d’armement au régime qui a financé tous les mouvements salafistes et dont nombre de leaders religieux qui prônent ouvertement le Djihad. Un régime affaiblit par la mort du roi Abdallah, lâché par le Président Obama et qui aujourd’hui est sujet a de nombreuses tensions sociales, politiques et religieuses.

Plusieurs commentateurs ont expliqué l’attaque de Daech par la politique étrangère française et son implication en Syrie. D’autres par l’image de la France dans le monde, ce qu’elle représentait. La vrai raison de cette attaque est probablement beaucoup plus stratégique qu’idéologique. Une communauté musulmane à très large majorité sunnite vit en France et la possibilité de voir la France s’embarquer dans une coalition avec la Russie, d’autres pays de l’Otan et l’Iran, pays Chiite est du pain béni pour Daech.

Il est peut être temps pour les politiques français de tout bord de prendre la dimension des événements du 13 Novembre, de recoller les morceaux entres les différentes communautés, de ne pas faire l’amalgame entre musulmans et terroristes, d’expliquer la différence entre salafistes et musulmans et de différencier au sein des salafistes, les salafistes Djihadistes et les autres. De séparer le drame humain de million de syriens quittant leur pays en guerre pour ne pas se faire enrôler de force parmi les protagonistes, et le risque terroriste. Peu avant les attentats, un peu plus de cinq cent syriens avaient fait une demande d’asile en France sur les 24,000 visas offerts par la France. Il est dommage que la France et l’Europe ne puissent tirer profit d’une immigration syrienne, qui est une immigration en grande majorité très qualifiée. Malgré le discours de l’extrême droite affirmant que la France est envahie par un flux incessant d’immigrés, ceux-ci ne veulent pas de la France. Cela fait bien longtemps que la France ne fait plus rêver.

De repenser a long terme la politique sécuritaire du pays, à l’image de ce qui a été fait en Grande Bretagne suite aux attentats de 2005: une police moderne, un réseaux de caméras dans tous les lieux publics, un process de sécurité perfectionné dans les aéroports, un outil moderne de surveillance à l’image de la NSA et un travail de fond fait en coordination avec les communautés et tous les tissus associatifs. De re-examiner à long terme la position internationale du pays selon les moyens à disposition, les objectifs long termes et d’impliquer une Europe bien absente.

Advertisements